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27 mai 2026
Après plus de 15 ans à l’A.R.C.A.D.E., le groupe de musique Astonia n’a toujours pas les clés de la salle.
Leur nom, vous l’avez forcément croisé : sur une affiche, au détour d’une publication sur les réseaux, en concert…
Depuis plus de 20 ans, ils font partie du paysage rock régional. Mais qui connaît mieux nos studios qu’eux ?
Aujourd’hui, on a posé quelques questions à Sylvain, bassiste du groupe.
Bonjour Sylvain !
Vous réalisez que vous êtes l’un des groupes qui a passé le plus de temps dans ces studios ?
Réaliser, non, mais ouais, ça fait un moment qu’on est là (Rires). On a la chambre à droite, le bureau à gauche…
On est un peu à la maison ! (Rires)
À votre avis, combien d’heures de répétition Astonia a réellement passées ici ?
Ce n’est pas compliqué : en moyenne, on va compter 2 heures par répète, par 40 semaines par an, ça nous donne 80 heures. Pour une quinzaine d’années, donc dans les alentours de 1200 heures. Ouais… ça fait beaucoup !
Et sur ces 1200 heures, combien d’heures avez-vous juste fait semblant de travailler ?
Non, on a bossé ici ! (Rires) On a remis des morceaux à l’ouvrage pour arriver à un truc qui nous convienne.
Il y a eu des sessions merdiques, des fois où on s’est engueulé, où c’était naze, il y a eu des fois où c’était le nirvana.
Mais ça n’a jamais été pour rien, même les sessions merdiques.
Vous vous souvenez de la toute première répétition d’Astonia à l’A.R.C.A.D.E. ?
Non, pas la répète…
Le premier concert qu’on a donné ici, oui, je m’en souviens. Quoique non, même pas.
Oui, oui, je m’en souviens, c’était avec un groupe qui s’appelait « Endorphyn », je crois. Ils étaient de Rouen.
Il y avait un autre groupe… il y avait trois groupes ce soir-là, avec un flyer blanc, rose et noir.
Et puis ma première venue, c’est lors d’un concert de Eiffel. Ça, c’était ma première venue.

Pouvez-vous nous parler de cette étrange obstination qui pousse un groupe à continuer ? Qu’est-ce qui fait qu’un projet amateur devient suffisamment important pour qu’on lui consacre une partie de sa vie ?
La passion, c’est dévorant. C’est chronophage.
On est plus ou moins passionnés tous les trois et pas toujours toujours au même moment. Il y a une sorte d’équilibre.
On est restés amateurs, on n’a jamais percé. Mais est-ce qu’on veut réellement percer ?
Donc non, il n’y a pas une obstination, parce que c’est une passion. La passion avant tout et puis la passion à plusieurs.
On est obligés de compter les uns sur les autres dans un groupe.
Est-ce qu’on peut rester amis quand on travaille ensemble depuis autant d’années ?
Je crois qu’on n’a jamais été collègues. On est différents tous les trois, on a plein de choses qui nous différencient.
On n’est pas les uns chez les autres. On n’est pas des potes de collège ! On se retrouve pour la musique.
On se fait des bouffes ensemble, aux moments de la vie : les enfants qui arrivent, l’acquisition d’une maison…
Ça, c’est des moments cool. Il y a eu des moments un peu moins cool, avec des départs de gens qui nous étaient proches aussi. Donc on n’est pas fourrés les uns chez les autres, on ne part pas en vacances ensemble.
On a la musique et puis on a nos vies perso.
Quand on voit toutes les années passées, on se dit que ça tient le coup, c’est bien.
Et l’on n’a pas du tout les mêmes univers. On n’a pas les mêmes potes en dehors d’Astonia.
Qu’est-ce que la musique vous a apporté que vous n’auriez jamais eu autrement ?
La musique nous a apporté beaucoup à tous les trois.
Moi le premier, ça m’a apporté beaucoup, mais si ça n’avait pas été avec eux, ça aurait peut-être été avec d’autres.
Moi, depuis l’âge de 15 ans, j’ai traîné dans des formations. Des formations avec plus ou moins de succès.
La longévité d’Astonia fait que ça nous a apporté une stabilité, une connaissance, on se connaît bien.
Donc on va se retrouver, on gagne du temps par moment, parce qu’on sait comment l’autre réagit.

Vous étiez globalement de la région havraise, vous aviez largement de quoi répéter près de chez vous…
Alors pourquoi vous continuez à faire la route pour venir chez nous ?
À l’origine, on répétait au fort de Tourneville, au Havre, c’était imbattable.
On était aussi un peu à la maison, on a répété pas mal de temps à Tourneville.
Moi, j’ai inauguré les studios de répétition de Tourneville en 1986, on était mino. C’est juste à côté de chez moi.
Il s’est avéré qu’ils ont fermé, le C.E.M. est arrivé et économiquement, c’était beaucoup plus cher.
On s’est dit, tiens, il y a des gens qui nous ont parlé de l’A.R.C.A.D.E., on avait vu des concerts ici. Bah, pourquoi pas.
On est venus ici faire un test et on a fait de belles rencontres.
Moi, je fais 80 km toutes les semaines pour venir répéter ici, parce qu’on se sent bien.
On rencontre d’autres musiciens, ça ne nous coupe pas du monde. Il y a une structure derrière tout ça.
Si on avait répété chez nous, dans nos maisons, ça ne nous serait jamais arrivé. Ici, on a rencontré des gens, un réseau.
Les régisseurs, les gens qui s’occupent du son… le fonctionnement de l’A.R.C.A.D.E., moi, je me sens à la maison ici.
Même s’il y a des têtes nouvelles qui arrivent, on a vu passer des gens dans les studios.
Nous, on est toujours là. Vous n’arrivez pas à nous virer ! (Rires).
Et puis quand tu as une structure qui répond à la demande d’un groupe, c’est-à-dire qu’on a besoin de sons, d’endroits pour répéter, de faire un peu de bruit, d’avoir des retours, des impressions, etc.
Des gens qui sont là pour toi, avec toi, même si c’est leur job, ça fait plaisir.

Au point où vous en êtes, si on vous donnait les clés de l’A.R.C.A.D.E. pendant une soirée et une nuit, vous en feriez quoi ?
On ferait de la musique. Si la scène est montée, on le ferait sur la scène. Parce que l’A.R.C.A.D.E., c’est ça aussi, c’est-à-dire qu’on a la capacité et la possibilité d’aller sur scène et de travailler. Et ça, c’est hyper important.
Donc, effectivement, si on nous donnait l’A.R.C.A.D.E. avec un plan de feu, un système son, on va aller sur scène et puis on va faire de la musique. Et puis on va dire à des gens de venir.
On invite quelques copains, mais on reste en petit comité, justement pour créer.
C’est le privilège d’avoir un endroit comme ça rien que pour nous.
Si demain on vous embauche comme salariés de la salle, lequel des trois serait viré en premier ?
Moi ! Je serais trop assidu. Je ne supporterais pas que les autres ne le soient pas autant que moi. Cela dit, on est adhérents de l’asso. Moi, je suis content de venir écouter les chiffres en Assemblée Générale, de regarder comment cette association vit et comment elle est encadrée et structurée. La capacité et la force de l’A.R.C.A.D.E., c’est de savoir s’encadrer de gens qui ont des capacités extraordinaires dans leur domaine. Moi, je suis émerveillé.

Cour ou jardin ?
C’est quoi cette question ? (Rires)
Moi, je suis… peu importe ! Mais en règle générale, je suis à gauche.
Je suis cour, mais j’ai déjà été jardin, j’ai déjà été au milieu…
Le fait de répéter chez nous vous a naturellement ouvert l’accès à notre grande scène.
On a eu l’occasion de vous faire jouer avec des artistes d’envergure.
Est-ce que vous avez déjà fait semblant d’être à l’aise alors qu’en réalité, vous étiez impressionnés ?
Avec des artistes reconnus, il y a toujours un décalage. Ils vivent de l’aura, ils mangent grâce à ça, nous non.
Eux, ils ont le temps de répéter, de travailler leur disque, ils vont parfois payer pour rester trois mois en studio.
Ils sont en résidence pendant une semaine, deux semaines… avec des moyens qu’on n’a pas.
Donc, obligatoirement, on se sent plus petits, c’est normal.
Maintenant, avec le temps, on l’est de moins en moins. Enfin, pour ma part, de moins en moins impressionné.
Les premières minutes peuvent l’être. Qu’est-ce qu’ils vont penser de nous ? Est-ce qu’on est à la hauteur ?
On sait tous que quand tu fais de la musique, ce n’est pas naturel d’aller te mettre devant des gens.
Je pense qu’aujourd’hui nos prestations scéniques sont plus calmes, peut-être moins forcées, plus spontanées.
Et je pense que le public, il ressent la spontanéité. On arrive à passer outre ce grand trac.

Après près d’une dizaine de concerts chez nous, vous êtes toujours contents quand on vous propose de jouer ici ? Ou vous faites semblant pour nous faire plaisir ?
Il y a toujours ce truc de « ouais, on a envie de jouer ». À la limite, on est demandeurs. Souvent, c’est moi qui passe un petit coup de téléphone en disant « est-ce que cette année il y a possibilité de faire quelque chose ? »
Jouer à la maison, ce n’est pas évident. Ici, la scène, on la connaît tellement. Les locaux, on les connaît tellement.
Le personnel qui nous accueille, on les connaît, c’est du bonheur.
Et on a le même trac, si ce n’est plus encore, en venant jouer à l’A.R.C.A.D.E. On est scrutés par ses pairs.
Il suffit qu’il y ait des profs de musique qui œuvrent ici, qui soient dans le public…
Quand tu sais leur vécu, quand tu sais ce qu’ils font, tu te dis « ils vont m’épingler si je fais une connerie ».
Sylvain, avec le temps, vous êtes devenu la voix off officielle de l’A.R.C.A.D.E. Ce n’était pas prévu à la base. Ça s’est fait un peu au feeling. Mais à force de traîner ici, on s’est dit qu’on ne trouverait personne qui connaisse mieux l’histoire de l’A.R.C.A.D.E. que quelqu’un qui fait partie des murs.
Ça fait quoi de faire partie du patrimoine ?
Ça veut dire que je vieillis. (Rires) Ça fait quand même mal d’années. Alors, c’est un immense plaisir.
J’en suis content parce que, comme je disais tout à l’heure : belle structure, bel outil de travail, belle équipe.
Et de faire partie d’un truc beau, c’est valorisant. Moi, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir donné cette possibilité. Je n’aime pas ma voix. Et puis avec le temps, c’est comme la musique. On finit par l’aimer au final.
Le fait de faire partie de la structure, de l’histoire ou de, je sais pas, de la vie de l’A.R.C.A.D.E., bah ouais, c’est une reconnaissance pour vous, mais c’est aussi une reconnaissance pour moi.

Vous venez de sortir un vinyle qui s’appelle « Slow Motion Suicide ». Un vinyle !
Après plus de 20 ans de carrière, vous avez décidé de rester cohérents jusqu’au bout avec votre ancienneté ?
Oui, oui, un vinyle… (Rires) Ça revient à fond ! On l’a fait parce que, justement, il y a une demande du public. Aujourd’hui, la musique, elle est dématérialisée, elle s’écoute. C’est du streaming.
À notre grand âge, c’est logique qu’on revienne à ces trucs, mais c’est un 33 tours ! On a remis tous les morceaux qui étaient en streaming sur un support. « Slow Motion Suicide », c’est le dernier bébé de la team Astonia, le huitième.

Et du coup, selon vous, à partir de combien d’heures passées dans les studios de répétition peut-on officiellement demander les clés ?
Mais on les mérite, les clés ! (Rires) Non mais, déjà, voilà, on a la possibilité de répéter et parfois c’est vrai qu’on demande, on demande des choses spécifiques, vous répondez positivement à nos demandes. Les clés, oui, quelque part, on les a déjà ! (Rires)
Merci Sylvain ! C’était un plaisir d’échanger avec toi.
Photo de couverture de l’article : Antoine BLONDEL